Le charbon au coeur de la première révolution industrielle
Les découvertes de la fin du XVIIIème siècle et du XIXème siècle : machine à vapeur, coke , gaz de houille, électricité ont entièrement bouleversé l’économie et provoqué la première révolution industrielle :la production mondiale de charbon passe entre 1800 et 1900 de 10 millions de tonnes à 700 millions de tonnes.
En France, la loi du 21 Avril 1810 qui réglemente l’exploitation et donne aux concessions (droit d’exploitation) un caractère de propriété transmissible, a permis la mise en place des grandes sociétés capitalistes et l’ère des riches compagnies des Houillères qui ont peu à peu grâce à leurs possibilités financières regroupé les petites concessions : le Duc Decazes en saisit l’occasion dès 1827 et la vie de Decazeville allait débuter, modèle des premières villes bâties autour et à cause d’une industrie. Mais qu’était donc ce vallon où devait croître cette cité ?
A l’emplacement de ce qui deviendra Decazeville, une vallée sauvage, des prairies et des bois : au sud sur un rocher Vialarels autour de sa vielle église du10ième et 11ième siècles et au Sud-Est , à l’endroit actuel de la Découverte le vieux château de Lassalle mais sous tout cela, à fleur de sol, il y avait du charbon en couches épaisses et du minerai de fer en quantité ! Posséder les deux au même endroit allait être une richesse !
Le rôle du Duc Decazes
C’est surtout parce que qu’il existait ici un gisement ferrique que le Duc Decazes et Cabrol s’intéressèrent à la région
Dès 1804 Napoléon avait pris un décret où il était fait concession pour 50 ans au "sieur Lassalle "du droit d’exploiter les mines de houille de Lassalle, Miramont et Lagrange, or ce décret comportait une erreur et une ordonnance royale de1818 portant la signature du Duc Decazes alors ministre de Louis XVIII y apporta une rectification. Ceci explique peut-être que le Duc Decazes déçu de la vie politique et songeant à se lancer dans le monde des affaires après qu’il fut impressionné par la métallurgie anglaise lorsqu’il séjourne en Angleterre comme ambassadeur, songea à acheter en 1825 et 1826 tous les droits aux Lassalle sur leur concession. Decazes essaya de mieux exploiter les mines et de mieux vendre le charbon mais les transports étaient difficiles et l’isolement de la région un handicap : en fait , le Lot n’était navigable que cinq à six mois de l’année, à l’époque des hautes eaux.
Le Duc décida d’utiliser le charbon sur place puisqu’il y avait aussi du minerai de fer dans la région en construisant une usine métallurgique dans la vallée du Riou-Mort,. En 1826 il achète des concessions de minerai de fer à Montbazens , Aubin entre autres...puis grâce à ses relations, fonde le 17 juin 1826 une société :" La Compagniedes Houillères et fonderies de l’Aveyron"
Il choisit François Cabrol comme directeur pour quinze ans : celui-ci élève de Polytechnique, puis officier de la Grande Armée , blessé à Waterloo,était retourné à la vie civile et parti comme ingénieur en Angleterre où il avait étudié la sidérurgie : il construisit un premier haut-fourneau, puis deux, mais ce premier site devenu trop petit, poussée par Cabrol la société acheta le domaine de Lagrange dans la vallée du Riou-Mort où fut construite l’usine dite de Lassalle où eurent lieu en 1831 les premiers essais de puddlage. Cette même année, le conseil d’administration décida que l’usine prendrait le nom de DECAZES-VILLE.
Sous le règne de Louis Philippe, elle devient l’usine sidérurgique la plus importante de France
L’année 1832 peut être considéré comme la date réelle de la mise en marche de l’usine. Les habitations croissaient peu à peu sur le domaine de Lagrange, à côté de l’usine : la population dépassa vite celle de beaucoup de chefs-lieux de communes voisines et à la suite d’une pétition en 1832, Decazeville fut érigée en commune en 1834. A cette même date, des efforts et de nombreuses mises au point lui permirent d’acquérir une réputation solide et un grand nombre d’ouvriers furent embauchés.
En 1836, elle fournit les premiers rails, et quatre ans plus tard sa production atteignait 10 à 120000 tonnes, bien plus que Le Creusot (5 à 6000) et Alès (6 à 7000).En 1847, elle était la plus importante de France, avec 2258 ouvriers , la ville atteignait 2715 habitants.
La ville s’organise
La construction d’une église est décidée par le conseil municipal : son emplacement est choisi après d’âpres discussions .Une école primaire est créée et un cimetière est installé.
L’église fut consacrée le 11Novembre 1861 et Decazeville érigée en paroisse en 1868 : la population s’élevait alors à 8260 habitants. 2-5-Decazeville et la construction du chemin de fer
L’apogée ne dura pas longtemps : la concurrence devint plus sévère. La compagnie de chemin de fer PARIS-ORLEANS acheta les hauts-fournaux d’Aubin la ville voisine et c’est elle qui décide en 1858 d’y faire passer le chemin de fer de Montauban à Rodez : il fallut beaucoup de démarches pour y faire relier Decazeville par une bretelle et créer une gare de voyageurs en 1863.
Sous Napoléon III, le traité de libre- échange qui ouvrit les frontières aux fers anglais porta un rude coup à l’usine . Près du naufrage, la société fut rachetée par la famille Schneider, propriétaire du Creusot, et prit le nom de Société Nouvelle des Houillères et Fonderies de l’Aveyron : cela donna un second souffle à Decazeville qui vécut une autre période de prospérité, d’autant plus que le directeur de l’usine, Deseilligny, gendre de Schneider, devint député, maire et deux fois ministre de l’industrie.
Cette création de Société Nouvelle par les Schneider eut lieu en 1862 mais l'activité ne fut pas relancée pour autant et on peut citer ici de la fusillade des grèvistes par l'armée en 1886. L'activité continua de décoître au delà de 1886 et le réel "renouveau" vint avec le rachat en 1892 de la Société Nouvelle des Schneiders par la Société de Commentry, Fourchambault et Decazeville.
http://www.archivesnationales.culture.gouv.fr/camt/fr/inventairesaq/110aq-2.html
Et Alfred Deseilligny décède en 1875, quelques années après la situation de faillite de 1865 de la Société originale (celle fondée par le Duc Decaze). Je crois donc que Deseilligny n'a pas disposé de beaucoup de temps pour relancer l'activité, et n'est donc pas véritablement arrivé à donner un "second souffle" (ou alors trés brièvement). La famille Schneider ne revient qu'en 1967 par la fusion de la Société métallurgique d'Imphy avec la Société des forges et ateliers du Creusot (SFAC).
http://www.archivesnationales.culture.gouv.fr/camt/fr/inventairesaq/167aq-2.html
la société qui racheta (en 1892) la SNHFA et relança pleinement son activité était à l'époque dirigée par Henri Fayol, l'un des trois "pères" de la Science du Management et à présent célèbre mondialement (largement plus que les Schneiders).
http://www.annales.org/archives/x/fayol.html
La ville poursuit sa construction
On termine la place Decazes, où l’on place la statue du fondateur de la ville décédé en 1860 : des platanes sont plantés jusqu’à la gare et après la guerre de 1870 la ville fut dotée des installations les plus utiles : les rues furent éclairées au gaz , l’eau du Lot remplaça celles des puits des écoles s’ouvrirent et la compagnie elle-même bâtit un hôpital pour ses blessés et ses malades. En 10 ans Decazeville était revenue à son apogée et le recensement, en 1877, donna 9547 habitants.